Far Cry 3 : Insipidité auto-déclarée

Je les entends, ces pleurs lointains. Ces pleurs de bonheur. Pleurs télécommandés. Pleurs factices. Pleurs consommés. Pleurs dirigés. Décidément, les marketteux font vraiment ce qu’ils veulent du public vidéoludique. En demandant gentiment à la presse de parler de leurs jeux en avance histoire d’amasser à la fois pour les éditeurs, quelques pré-commandes impulsives ainsi que pour la presse en question, d’amasser quelques cliqs frileux. Le public fait ce qu’on veut qu’il fasse. Il obéit. S’il veut qu’on parle en bien de tel ou tel jeu, aussi mauvais soit-il là n’est pas la question, il en parlera en bien. Quelle piètre image que donne le public vidéoludique à son propre média. J’envie le jour où au même titre que le cinéma ou la littérature, le public en deviennent esthète, plus exigeant, plus intransigeant, cherchant autre chose qu’une vague occupation l’espace de quelques heures envers un média qui a tant à offrir. En d’autres termes, j’attends le jour où le jeu vidéo cessera d’être un média ludique pour devenir une culture élitiste, celle qui prône le meilleur d’elle même. C’est malheureusement loin d’être le cas, on a bien pu le constater l’année dernière avec ce Far Cry 3, allégorie de la hype injustifiée. Néanmoins, quelques remparts de la bonne foi persistent encore. Cet article fait office de porte drapeau à toutes ces personnes ayant eu le doux sentiment de ne pas avoir joué au même jeu, celles dont les premières réactions une fois Far Cry 3 terminée fussent « Ok. » ou « D’accord » voire encore « Si vous voulez ». Autrement dit : un bide émotionnel. Un immense bide. Une indifférente totale à ce que l’on venait de faire (car il est ici pas question de vivre quelque chose, juste d’en exécuter l’action).

Photoshop, nouveau standard de la communication marchande

Alors oui, le jeu paraît bien vain en comparaison à quelques autres softs du genre, et c’est en cela qu’il est si mauvais. On pourrait donc se dire qu’il est inutile de comparer car il faut prendre le jeu en faisant abstraction du reste. Non. Comment évaluer un jeu sans qu’il subisse de la comparaison ? C’est impossible. Un ne juge pas un produit (non une oeuvre dans le cas présent, on en est tellement loin) lorsqu’il est unique. Imaginez simplement un spectateur n’ayant vu qu’un seul film dans sa vie. Va-t-il trouver le film bon ou mauvais ? Il ne va rien trouver du tout, il va juste évaluer le média, le film étant la seule représentation qu’il ait du cinéma dans sa globalité. Pour bien juger un film, dire s’il est bon mauvais, séparer les bonnes idées des mauvaises, synthétiser ses avis pour en dégager une opinion construite et justifiée, il faut en avoir vu des tonnes. Pour le jeu vidéo, c’est également le cas, rien de plus logique. Far Cry 3, faisant de plus partie d’un genre bien défini (le Free Roaming Action Adventure ou GTA-like plus vulgairement) car se plaçant immédiatement par lui même en tant que tel, se doit d’être comparé afin que l’on puisse en parler. Et en cela comparer Far Cry 3 aux jeux les plus proche le ridiculise. À côté de Just Cause 2 par exemple, le jeu en devient extrêmement limité, assez terre à terre, possédant une map décidément vide relativement à sa taille moyenne qui de plus ne prend pas la peine de varier ses décors. Et ai-je besoin de comparer ce Far Cry 3 à Red Dead Redemption, qui sans celui-ci n’existerait certainement pas. Car effectivement, Far Cry 3 plagie abusément Red Dead Redemption et Just Cause réunis : parties de poker et chasse-dépeçage pour l’un, base jumping et capture de bases répétitives pour l’autre. On remarque alors que Far Cry 3 n’a rien a lui.

Red Dead revient à nous, par pitié !

Littéralement l’antithèse de l’originalité en elle-même. L’arbre de compétence ultra-basique que l’on se tape  dans des dizaines de jeux current-gen ? Le côté RPG totalement à la mode avec l’apport d’XP au fil du jeu ? L’indicateur d’objectif linéarisant totalement le jeu (un comble pour un open-world )? Les Quick Time Event omniprésentes, véritables plaies du gameplay moderne ? L’archétype de progression Assassin’s Creedien (la tour pour dévoiler la carte) ? Et ce ridicule multijoueur codés par le désormais habituel stagiaire bourré ? Que reste-il alors ? Et bien pas grand chose au final. Si la capture de base peut être intéressante au premier abord, elle se révélera être d’une lourdeur absolue quand vous en aurez déjà capturé une bonne dizaine, le tout virant globalement au massacre, pour cela on remercie l’aspect infiltration totalement raté du jeu. D’ailleurs ce n’est pas le seul aspect raté du jeu. La conduite l’est tout aussi. Pour faire simple, imaginez vous en train de faire quatre tonneaux sur un quad tout en y restant accroché sans broncher pour repartir comme si de rien était. Ensuite vient ce fameux scénario. Qualifié de « subtil » par une presse décidément toujours aussi peu qualifiée. De manière concis : c’est le scénario de Shrooms, une teen-movie assez bidon traitant des jeunes perdus dans une forêt sous l’emprise de champignons hallucinogènes. En effet, Far cry 3 souffre du syndrome « en fait c’était un rêve » « mais peut être pas » façon Inception ou Shutter Island en version beaucoup moins subtile et amenée d’une manière pachydermique. En clair, si certains parlent de « fin multi-interprétables », on renverra ces derniers devant Shining de Kubrick, La Montagne Sacrée de Jodorowsky voire même Enter the Void de Gaspar Noé pour que ceux-ci comprennent vraiment ce qu’est une fin « multi-interprétable ». Car si la bonne écriture scénaristique vidéoludique est bien représentée avec ce Far Cry 3, je me demande dans quelle catégorie se situe l’écriture de Metal Gear Solid. L’écriture divine ? Car en comparaison avec cet étron qui nous sert de trame narrative ici, c’est bien de cela que l’on parle. Et puis notre personnage principal, dont on soupçonne d’être un amateur des boit2night avec son accoutrement remarquable t-shirt violet col en v, en plus de posséder un charisme de méduse, se transforme en rambo improvisé suite à quelques tatoos tribaux sur le bras. C’est marrant mais quand on voit que le jeu est sérieux du début à la fin, on a le sourire au lèvre.

On brûle de la weed sur du Skrillex, trop lol

Mais outre l’aspect scénaristique, je me dois de voir parler de l’insipidité du jeu. Car Far Cry 3 après tout, ce n’est que superficialité et illusionnisme. De la durée de vie comblée par de la collecte idiote, et surtout par l’obligation d’exécuter des quêtes annexes pour libérer la zone d’ennemis un peu encombrant, belle technique pour remplir les tiroirs vides. Après tout quoi de plus simple que de générer un campement moche peuplé d’une IA ridicule ? Ça fait de la durée de vie et ça donne l’illusion du contenu alors que ce n’est finalement rien. La preuve, un an plus tard, tout le monde l’a oublié. L’histoire se boucle avec un je m’en foutisme déplaisant. L’open world est aussi vide de sens, et se révèle être un vulgaire substitut de choix de missions. En clair le jeu n’assume pas sa nature de départ de jeu couloir scripté en donnant une map beuggée, et quand même vachement moche (sur console), dotée d’une direction artistique forcément pauvre. En clair, peu de choses intéressantes à se mettre sous la dent, des livraisons de colis ultra-simples, des petits défis à la con qui sont juste là pour la forme, histoire de pas non plus rappeler trop souvent au joueur ayant payé plein pot qu’ils ‘est fait salement gang-bangé par toute l’équipe d’Ubisoft. Par ailleurs, si vous ne connaissez pas la signification d’insipide, jouez à Far Cry 3, finissez Far Cry 3, et notez sur une feuille ce qui vous a marqué et qui restera gravé dans votre vie de joueur, même si un timbre-poste suffira.

Ben oui les indigènes sont sauvages dans tous les sens du terme, vous saviez pas ?

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LA NOTE

2Deux petits points par pure charité. On a limite pitié du travail déplorable d’Ubisoft Montréal, en leur conseillant vivement de se calmer sur la liqueur d’érable, qui apparemment est loin de faire des merveilles. Sans doute l’un des jeux les plus standardisé qu’on ait eu l’occasion de jouer. Ce sera fun pour ceux n’ayant jamais joué à un jeu next-gen, pour tout les autres (et Dieu sait qu’ils sont nombreux), vous aurez un âpre sentiment de « déjà vu et j’en ai ras le cul ».

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6 réflexions sur “Far Cry 3 : Insipidité auto-déclarée

  1. J’ai une question:Est-ce que les mauvaises notes sont mauvaises simplement par-ce qu’il sont triple-a?(Dsl pour les fautes, je suis un connard de canadien)

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